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LE PILIER ÉCOLOGIQUE

Photo by Jeff Sheldon on Unsplash

LES PRÉMICES
DE LA PENSÉE ÉCOLOGIQUE

LE PILIER ÉCOLOGIQUE

DES ACTIONS INSUFFISANTES
POUR UN IMPACT ENVIRONNEMENTAL RÉEL

C’est aujourd’hui un fait avéré : l’industrie textile
dans sa globalité compte parmi les plus polluantes au monde.

Au siècle dernier, l’écologie ne faisait pas partie des préoccupations de la filière de la mode : échanges à outrance entre les pays, boom des matières artificielles et production de masse. C’est seulement à la fin du XXe siècle que les premières prises de consciences surviennent et que les actions s’organisent.

L’impact environnemental
de la délocalisation
et de la production de masse
Nous en parlions un peu plus haut, l’industrie de la mode connaît une forte délocalisation de ses usines dans la deuxième moitié du XXe siècle. Ces usines consomment d’impor- tantes ressources naturelles et fossiles, et leur délocalisation transfère les problèmes environnementaux qu’elles représentent vers des pays moins regardant sur le plan écologique.

Cette délocalisation a un impact néfaste sur l’environnement : surexploitation des sols, déforestation, surconsommation d’eau dans des régions souvent en stress hydrique, rejets dans les sols, l’eau et l’air de déchets toxiques. De plus, l’impact sur la disponibilité de ressources non renouvelables, la santé, le climat et la biodiversité est accentué par la forte augmentation de la production mondiale à la fin du siècle, avec 50 milliards de pièces fabriquées en 2000.

Le boom des matières artificielles et synthétiques
Sur le plan environnemental, l’arrivée des matières artificielles et synthétiques est un événement terrible. La consommation de pétrole et de produits non recyclables pour les obtenir est énorme, et fait de l’industrie textile une des plus voraces en
énergies et ressources fossiles.

Depuis leur arrivée au milieu du XXe siècle, les matières synthétiques ont connu une véritable explosion. Leur production dépasse largement celle des matières naturelles, et ce avant la fin du siècle.
Mais le principal facteur de pollution de l’industrie textile se trouve dans ses émissions de gaz à effet de serre. En effet, à cause de la consommation des énergies fossiles dans ses procédés industriels, de la déforestation, de l’agriculture pour ses fibres végétales, de l’élevage pour le cuir et la laine ou des dégagements gazeux produits par les décharges, les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie textile deviennent inquiétantes à la fin du XXe siècle.
En parallèle de l’arrivée des matières artificielles et synthétiques, les progrès réalisés dans l’agriculture permettent

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de produire des matières premières naturelles en plus grandes quantités. Elles sont toujours nécessaires grâce à leurs qualités particulières et offrent à priori l’avantage d’être, elles, renouvelables et à moindre impact environnemental en fin de vie. Mais les dégâts associés à cette hausse de la production des fibres naturelles (engrais, pesticides, consommation d’eau, déforestation et respect de l’humain) ne sont pas encore clairement identifiés par les acteurs de la filière mode.

Des avancées écologiques notables
C’est aussi au cours du XXe siècle que les premiers exemples d’upcycling dans la mode font leur apparition. L’un des premiers à faire du neuf avec du vieux est Marcel Boussac qui, au sortir de la première guerre mondiale, achète des stocks de toiles d’avion à très bas prix pour en faire des chemises et des pyjamas dont le succès commercial lui permet d’accélérer le développement de son empire dans le textile, la confection, la distribution puis la Haute Couture. On peut aussi mentionner qu’avant lui, le fameux Paul Poiret utilise les chutes de soies chapardées à l’atelier des ombrelles où il est alors employé, pour improviser ses premiers modèles sur un mannequin offert par ses soeurs. Mais celui qui a fait de l’upcycling sa spécialité est le créateur Martin Margiela, dans les années 90. Adepte du “rien ne se perd, tout se transforme”, il utilise des vieilles chaussettes de l’armée, des vêtements chinés au marché aux puces ou des emballages plastiques dans ses créations. Une ligne couture, Maison Margiela Artisanal, est même entièrement élaborée à partir de matières pré-existantes. Il montre la voie à toute une génération de créateurs souhaitant diminuer l’impact environnemental de la mode.

Une conscience environnementale naissante et généraliste
La pensée de l’environnement apparaît réellement au XXe siècle avec le constat, un peu tardif certes, des dégâts que l’industrie textile cause à notre planète.

Une prise de conscience globale survient d’abord avec la sortie du rapport Meadows en 1972, par le Club de Rome, intitulé “les limites à la croissance”.

Ce rapport décrit les liens entre la croissance économique, l’évolution de la population, la surexploitation des ressources et la pollution. Le constat est sans appel : ce mode de développement, quelle que soit l’industrie, n’est pas viable à moyen terme et la société mondiale risque de connaître un déclin au cours du XXIe siècle si elle ne rectifie pas le tir. S’ensuivent une série d’évènements qui traduisent une prise de conscience mondiale en faveur de l’environnement :
La sortie du rapport Brundtland en 1987, qui définit le terme de développement durable comme “un mode de développement qui répond aux besoins des générations présentes, sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.”
Karl Henrik Robèrt, un cancérologue suédois, fonde l’organisation The Natural Step en 1989 avec comme objectif de créer un pont entre scientifiques et décideurs pour aider ceux-ci dans leur prise de décision en vue d’un monde plus durable. Parmi ces décideurs figurent notamment des grandes entreprises de l’industrie textile. Il propose sa propre définition du développement durable organisée autour de 4 objectifs : 3 sont liés à la protection de la nature et 1 est lié aux besoins fondamentaux des humains.

En 1992, le Sommet de la Terre se déroulant à Rio voit naître la Convention sur la diversité écologique. C’est la première convention internationale qui reconnaît, pour la première fois, la conservation de la biodiversité comme étant une “préoccupation commune à l’humanité” et une partie intégrante au processus de développement. Elle est signée par la France en 1994.
En 1997, John Elkington, co-fondateur de SustainAbility, premier conseil en stratégie de développement durable, théorise son fameux Triple Bottom Line. Cette notion fait référence à la ligne du bas d’un compte de résultat et permet de prendre en compte non seulement le résultat financier (Profit) de l’entreprise mais aussi son bilan social (People) et environnemental (Planet). Cette notion inspire encore la RSE aujourd’hui.

Bien qu’ayant vu s’opérer certaines avancées écologiques intéressantes, la mode a dans l’ensemble, au cours du XXe siècle, un impact négatif fort sur l’environnement, et n’en a pris conscience que tardivement. Cette prise de conscience n’a pas le temps de se transformer en actions réelles avant la fin du siècle. L’industrie commence à corriger le tir au début du XXIe siècle… Mais cela, nous le verrons dans notre prochain numéro.

Photo Eric Chague-Maderou

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